Janvier 2007 (Ianuarius MMDCCLX a.u.c.)  
P. Memmio Albucio praeside
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Les Beatles, la charrette et le chevalier


Salvete Omnes,

«She’s got a ticket to ride » ont chanté les Beatles. Nous sommes loin de la Rome antique, me direz-vous ?

Pas si sûr. Le verbe anglais
« to ride » signifie initialement aller, voyager à cheval. Dans le dernier siècle, le terme s’est étendu au déplacement en vélo, en voiture, ou en surf, par exemple.

Le verbe anglais, comme le verbe allemand « reiten », proviennent tous deux d’une même racine « reidh-» qui, dans les langues celtiques et germaniques, désignait précisément l’action d’aller à cheval et en char et, par extension, de voyager.

Au moyen-âge, le verbe s’est appliqué aux chevaliers (« reiter ») qui est arrivé en français à la Renaissance sous le vocable de « reître », qui désigna bientôt, par une extension fatale, un soudard.

Grands voyageurs s’il en fut, les Celtes ont sillonné l’Europe, de l’âge du bronze jusqu'à l’expansion de Rome au-delà des Alpes. Comme les peuples germaniques, ils le faisaient en masse. C’étaient des peuples entiers qui se déplaçaient, les hommes à cheval ou à pied et les vieux, les femmes et les enfants à bord de chariots, dont les plus connus étaient appelés « re(i)da ».

Ce « re(i)da » passa en latin, sans doute par l’intermédiaire des peuples celtes installés en Italie. Nous en avons connaissance par la littérature latine et le fameux « De Bello Gallico » (La Guerre des Gaules) de César.


Celui-ci y écrit notamment :

« Tum demum necessario Germani suas copias castris eduxerunt (..), omnemque aciem suam raedis et carris circumdederunt, ne qua spes in fuga relinqueretur. »(1,51)

(«Alors les Germains, contraints et forcés, se décidèrent à faire sortir leurs troupes (...) et, pour s’interdire tout espoir de fuite, ils formèrent une barrière continue sur tout l’arrière du front avec les chariots et les voitures.»).

Les reda gauloises, puis les raedae romaines, étaient des chariots à quatre roues. Il semble donc que les « voitures » dont César parle ici (les « carri ») n’en aient eu que deux, comme les cisia (sing. cisium). Les « carpenti » romains, eux, étaient bâchés, comme les benna ont été les ancêtres bien proches de nos bennes et le plaustrum une sorte de chariot-citerne.

Cousin de la raeda, le veredus latin, cheval de poste ou de voyage, est lui aussi emprunté au gaulois (uoredos).

Rome y ajouta un préfixe grec (para), et le paraveredus du Bas-empire se prolongea, avec succès, dans le palefroi français du Moyen-âge et le pferd allemand, encore en usage.

Publius Memmius Albucius

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